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Certains l’aiment froide

Sur fond de crise sanitaire, la baignade dans les eaux hivernales compte de plus en plus d’adeptes. Parmi eux, Arthur Taniyelyan, instructeur d’une méthode d’exposition à des températures basses, parfois extrêmes

Sur les rives du lac, un matin de février. Tandis que des silhouettes camouflées sous d’épaisses couches de vêtements arpentent les chemins pédestres, deux corps n’arborent eux qu’un maillot de bain. Sur la plage de galets de Saint-Blaise, à Neuchâtel, ces deux baigneurs s’apprêtent à passer quelques minutes dans une eau à 5 °C. En les regardant avec curiosité, les passants se disent peut-être qu’il faut bien être givré pour se tremper par 3 °C dans une eau à peine moins glaciale. Mais c’est au contraire avec sérénité et concentration que ces inconditionnels de la discipline abordent leur immersion dans l’eau dans des conditions apparemment hostiles. «Au premier contact avec le froid, le corps a forcément un mouvement de recul. Il faut simplement entrer dans l’eau, en conscience et en acceptant cet inconfort», explique Arthur Taniyelyan, l’un des protagonistes. Cet instructeur de la méthode Wim Hof, une pratique combinant exposition au froid, techniques de respiration et méditation (voir encadré), a découvert les vertus du froid il y a trois ans. «Cela faisait vingt ans que je souffrais de maux de dos. J’avais essayé la physio, la kiné, l’osthéo, l’acupuncture, mais rien ne fonctionnait durablement. Puis, j’ai perdu mon père et ça m’a encore plus flingué mon dos. J’ai fonctionné en mode automatique un certain temps. J’avais gardé en mémoire un documentaire présentant les performances de Wim Hof, un multiple recordman du monde montrant des aptitudes étonnantes face au froid. Dans ce reportage, il lançait au spectateur, à torse nu dans un décor polaire: “Si vous voulez être heureux, en bonne santé et fort, venez avec moi!ˮ Alors, c’est ce que j’ai fait. J’ai participé à un stage en Islande sans aucune expérience, ni du froid, ni de la méditation et, après trois jours, mes douleurs avaient disparu. Je me rappelle que j’en ai pleuré… Depuis, je touche du bois, elles ne sont plus revenues.» Avec lui, Manon s’apprête, elle aussi, à faire une plongée rafraîchissante. Véliplanchiste de haut niveau, elle a adopté la méthode Wim Hof dans le but de mieux supporter l’eau froide lors de ses entraînements hivernaux. Trois fois par semaine, elle se baigne là en compagnie de sa mère, dont cette pratique soulage les problèmes d’arthrose et de sommeil.

Baignade dans le lac en hivers – Méthode winhof – enseignée pas Arthur Taniyelyan – 09.02.2021 – Neuchatel. ©Thierry Porchet

 

Du confort dans l’inconfort

L’heure de la baignade a sonné. «Les bienfaits du froid sont perceptibles dès trois minutes d’exposition dans une eau inférieure à 12 °C. Passées ces trois minutes, on risque de souffrir de gelures ou de partir en hypothermie. Mais une personne qui fait du “Wim Hofˮ est capable de garder sa température constante longtemps grâce à la respiration et au mental», explique l’instructeur. Arthur et Manon entrent dans l’eau avec détermination, chaque pas les immergeant davantage. Lorsqu’ils arrivent à la taille, ils fléchissent les genoux pour se plonger jusqu’aux épaules. Aucune parole n’est échangée, ils se recentrent dans le recueillement et la méditation. Les yeux clos, ils prennent de profondes inspirations puis libèrent l’air le plus doucement et longtemps possible. Alors que le temps semble s’être arrêté, comme engourdi par le froid, les minutes passent pourtant, dans une immobilité imperturbable. A la sortie de l’eau, pas question de se ruer immédiatement sur son thermos de thé, sa bouteille d’alcool ou d’aller s’asperger d’eau chaude: «Cela donne un mauvais signal au corps. C’est néfaste pour le système cardiovasculaire et cela peut générer des malaises. On a l’impression d’avoir chaud mais c’est une chaleur externe. La chaleur interne, on peut la perdre très vite, ce qui provoque alors l’after-drop, des tremblements intenses qui durent parfois des heures. Par la méthode Wim Hof, on apprend à se réchauffer naturellement, grâce à un mouvement spécifique.»

Baignade dans le lac en hivers – Méthode winhof – enseignée pas Arthur Taniyelyan – 09.02.2021 – Neuchatel. ©Thierry Porchet

Jamais seul

Quelques exercices physiques plus tard, la sensation de froid s’est estompée et les baigneurs s’habillent en discutant. «On ne va jamais s’exposer seul, c’est trop risqué. Parfois, enfiler sa chaussette constitue l’épreuve la plus difficile de la journée! Il peut arriver n’importe quoi: une crampe, des tremblements, un vent fort. On perd sa concentration mentale et c’est l’hypothermie.» Sans compter qu’à plusieurs, on peut partager et donc multiplier les bienfaits de l’exposition au froid. Car celle-ci génère la production d’endorphine, une hormone réduisant le stress et favorisant le plaisir. Et que conseiller aux promeneurs qui les regarderaient avec une pointe d’envie sans oser se jeter à l’eau? «Qu’ils se préparent en terminant calmement leurs douches par de l’eau froide, de bas en haut. Et lorsqu’ils se sentent prêts, qu’ils y aillent! Cette pratique est à la portée de tous.» Comme pour en apporter la preuve, un couple d’âge mûr rejoint à ce moment cygnes et canards dans une brasse énergique.

Baignade dans le lac en hivers – Méthode winhof – enseignée pas Arthur Taniyelyan – 09.02.2021 – Neuchatel. ©Thierry Porchet

 

Se rafraîchir, c’est bon pour la santé

Wim Hof, Hollandais de 61 ans, est détenteur de plusieurs records mondiaux de résistance au froid. Selon lui, ses capacités extraordinaires résident dans l’application de sa méthode d’entraînement et sont donc accessibles à tous. Une méthode qui s’appuie sur trois piliers: respiration, méditation et exposition au froid. Si peu de personnes se sont mesurées à ses prouesses jusque-là, il semblerait toutefois que la méthode Wim Hof ait un impact sur la santé. En effet, une recherche scientifique menée en 2014 sur Wim Hof et 11 personnes formées à sa méthode durant dix jours a montré que tous étaient capables de résister, totalement ou en grande partie, à une source pathogène de la bactérie Escherichia coli. Plus encore, différentes mesures prises sur ces sujets ont pu mettre en évidence leur capacité à prendre le contrôle de leur système immunitaire. Ce résultat étonnant et puissant confirmerait donc l’efficacité de cette méthode pour aider les patients atteints de maladies auto-immunes ou d’autres pathologies inflammatoires. Mais sans aller jusqu’à pratiquer la méthode Wim Hof, avoir régulièrement recours à des douches et des bains froids offre de nombreux bénéfices. Meilleure tonicité, vigueur sexuelle en hausse, effet antidépresseur, détoxifiant… Une liste non exhaustive ici, mais que le livre La santé par l’eau froide du Dr Philippe Stéfanini et Myriam Willemse passe en revue dans le détail.


Paroles de baigneurs

Arianne, 73 ans – Je viens tous les deux ou trois jours, en fonction du temps. C’est mon premier hiver et, pour m’y mettre, j’ai simplement continué à me baigner en automne. Je porte des chaussons de planche à voile, un bonnet et un haut qui retient un peu l’eau. Le sentiment que cela procure est impressionnant: je me sens comme dans une bulle. Après, je suis beaucoup plus tonique, j’ai plus de force pour entreprendre des choses. Et je me suis rendu compte que ça renforce mes défenses immunitaires.

Catherine, 55 ans – Je me baigne l’hiver depuis trois ans. Avant, je regardais les autres faire, chaudement emmitouflée, en les trouvant fous, mais avec une pointe d’envie. Des copines m’ont proposé d’essayer et j’ai commencé un mois d’octobre. Ça a été une découverte joyeuse. La baignade déchiffonne, recentre, apporte clarté, fierté et bien-être profond. On n’a pas le coup de barre de l’après-midi. Moi qui ai des problèmes pulmonaires et de l’asthme, je sens que ça me fait du bien.

Jean-Michel, 37 ans – J’ai commencé cette année avant Noël. J’étais un adepte de la baignade après le sauna. Comme les saunas sont fermés, je me suis décidé à essayer le bain seul. Je croyais que ce serait plus difficile d’entrer dans l’eau, mais non, c’est à peu près pareil. Ma méthode? Il faut y aller sans trop se poser de question! Le plaisir que j’en retire est un peu masochiste, mais il y a une sensation de chaud-froid, de contraction et dilatation du corps qui est excellente.

Véronique, 51 ans – C’est la quatrième année que je fais ça. J’y vais trois fois, minimum deux fois par semaine. Grâce au télétravail, je peux m’y rendre plus souvent. Après m’être baignée, je peux me remettre au travail sans problème. Ça met de bonne humeur et je n’ai pas été malade ces dernières années.